La brigade Kaminski
K
AMINSKI était un ingénieur russe qui avait collaboré avec les autorités militaires allemandes d'occupation et obtenu d'elles la permission de gouverner une province semi-autonome derrière le groupe d'armées du Centre. Il recruta une milice pour mener la lutte contre les partisans russes. De 1941 à 1943, cette milice (assez semblable aux Oustachis d'Ante Pavelitch en Yougoslavie) se couvrit de sang et de honte. Les documents ne manquent pas. Leur lecture est le plus souvent insoutenable. Il n'est question que de filles et de femmes violées, éventrées, les seins coupés ; d'hommes décapités, mutilés, brûlés à petit feu ; d'enfants au crâne écrasé, au thorax ouvert ; de villages pillés et incendiés...
Lors de l'insurrection de Varsovie, du 1" août au 2 octobre 1944, la brigade Kaminski fut incorporée dans la Waffen SS, sur l'ordre personnel de Himmler. Les 6 500 Russes et Ukrainiens de Kaminski se comportèrent comme des sauvages dans les combats de rues, déjà les plus implacables par nature :
« Des prisonniers étaient arrosés d'essence et brûlés vifs. Des tout-petits étaient empalés sur des baïonnettes et exhibés aux fenêtres ; aux balcons, des femmes étaient pendues, la tête en bas. » L'Obergruppenführer SS Erich von dem Bach-Zelewski , qui commandait les troupes chargées d'écraser l'insurrection, interrogé par le général Guderian (chef de l'état-major général de l'armée), avoua que ses hommes avaient « perdu tout sens moral » et tenta de s'excuser en déclarant qu'il n'en était « plus maître ».
La brigade Dirlewanger
En octobre 1944, un millier de « volontaires » communistes (966 exactement) et un millier (1 064 exactement) de « criminels », prélevés dans les camps de concentration, furent mis à la disposition de Dirlewanger (80 % provenant du camp de Sachsenhausen). Est-il besoin de dire que, dès que l'occasion se présenta, tous les politiques passèrent dans les lignes soviétiques ? Les autres recrues de Dirlewanger étaient en majorité des criminels (voleurs, souteneurs, sadiques, coupables d'attentats aux moeurs, quelques assassins). Il y avait aussi des membres du SD, des hommes de la Wehrmacht et de la Waffen SS, coupables de désobéissance ou de lâcheté, condamnés par des conseils de guerre et purgeant des peines de prison. On y ajouta même des Russes, des Ukrainiens et des Allemands ethniques provenant d'U.R.S.S.
Quant aux cadres de ce ramassis de gibier de potence, les sous-officiers étaient en majorité d'anciens braconniers et d'anciens gardiens de camp de concentration ; les officiers, pour la plupart, avaient été dégradés, à la suite d'un passage devant un conseil de guerre, et ne portaient pas l'insigne correspondant au commandement qu'ils exerçaient.
La discipline était terrible. Dirlewanger détenait, de Himmler lui-même, pouvoir de vie et de mort sur ses hommes, ce qu'aucun chef SS n'avait. Les punitions disciplinaires pleuvaient : coups de gourdins, Stehbœnicer (cellule sans lit et sans fenêtre, où l'homme puni devait se tenir debout jour et nuit) ou tout simplement : Umlegen (abattre d'une balle dans la nuque)... En 1943, un groupe de 80 hommes de cette unité infernale fut amené au camp de Sachsenhausen. Ils ne furent même pas enregistrés sur les livres d'entrée du camp mais dirigés directement sur le crématoire et abattus à la mitraillette, après la lecture par un responsable SS de leur condamnation à mort pour rébellion.