Parfois jusqu'à quinze dans une pièce au ghetto de Varsovie
Dans un espace de dix kilomètres carrés environ, bientôt réduit à quatre, entouré d'une muraille de deux mètres cinquante de haut, gardée par des sentinelles en armes, quatre à cinq cent mille Juifs s'entassent dans une promiscuité indescriptible, parqués parfois jusqu'à quinze danS une même pièce. Tout Juif trouvé hors du ghetto est abattu sur place. Un Conseil juif (en allemand : Judenrat) institué par les Allemands, est chargé de faire respecter l'ordre et les lois à l'intérieur du ghetto. Pour cela, il dispose notamment d'un corps de 2 000 policiers juifs, armés de matraques de caoutchouc.
Ne pas mourir de faim
Les portes des synagogues sont hermétiquement murées et les réunions religieuses formellement interdites, mais dans presque chaque maison, derrière les rideaux soigneusement tirés, les réceptions battent leur plein. Thé et gâteaux au miel. En principe, la seule ration alimentaire autorisée par les Allemands consiste en quatre livres et demie de mauvais pain par personne et par mois, c'est-à-dire juste de quoi mourir lentement de faim, mais il y a le marché noir.
Chaque nuit, par des brèches hâtivement pratiquées dans le mur d'enceinte ou encore par des tunnels creusés entre les caves des immeubles situés de part et d'autre de la frontière, d'agiles « contrebandiers » se faufilent hors du ghetto, pour aller chercher du ravitaillement. Malheur à celui qui se fait prendre par une patrouille trop vigilante : d'abord battu jusqu'à n'être plus qu'un amas de chair et d'os, il e-t ensuite exécuté sur place. Pour l'exemple. Cependant le ghetto est régulièrement approvisionné et ceux qui ont de l'argent ne manquent de rien.
Dans la journée, les rues sont bondées. A chaque carrefour, des marchands ambulants vantent leurs marchandises de toute la force de leurs poumons. Ils vendent de tout, depuis des morceaux de sucre qui datent d'avant la guerre jusqu'à des cartes postales et des timbres difficiles à se procurer dans les bureaux de poste, puisque les Allemands n'en ont laissé ouverts que deux pour un demi-million d'habitants. Et puis la cohorte des inévitables mendiants et misérables, accourus de tous les coins du pays. Des infirmes, des estropiés, des aveugles, des épileptiques, des malades de la peau, à demi vêtus de haillons laissant apparaltre des plaies hideuses, qui implorent les passantà d'un ton suppliant : « Donnez, donnez la charité... » Des mères de famille, qui s'installent avec leurs enfants le long des rues, en quête de soleil. Il n'y a en effet ni jardin public, ni banc, ni même un seul arbre dans tout le ghetto et les enfants s'ébattent sur la chaussée. Les plus grands forment des choeurs et chantent des chansons juives remplies de tristesse pour glaner quelques sous.
Massacres quotidiens de Juifs à Varsovie
Parmi cette masse grouillante, l'apparition d'un Allemand en uniforme provoque une panique épouvantable. Chacun cherche à s'enfuir, à se cacher, à se mettre à l'abri. Le plus souvent, les nazis circulent en voiture à travers le dédale de rues tortueuses qui constituent le ghetto. Fouet en main, ils cinglent au visage tous les Juifs qui se trouvent à leur portée. Il leur arrive parfois d'ordonner à quelques passants de monter dans leur voiture. Celui qui n'obéit pas est abattu d'un coup de pistolet. Dans la voiture, les bourreaux s'amusent à martyriser leurs victimes, avant de les relâcher, à demi mortes, à un prochain carrefour.
Parfois, ils s'acharnent sur un de leurs prisonniers et le battent à mort en poussant d'énormes éclats de rire. Parfois aussi, ils obligent quelques passants à les accompagner au cimetière juif et à mimer des danses hassidiques devant d'immenses paniers remplis de cadavres nus, tandis que l'un des leurs photographie ces scènes hallucinantes.
Les massacres sont quotidiens. Chaque matin, des cadavres horriblement mutilés sont découverts devant les portes des maisons.
La terreur envahit peu à peu le ghetto. Avec l'arrivée de la nuit, les coeurs se mettent à battre plus fort. Personne ne se sent à l'abri. Chaque bruit, chaque craquement jettent ceux qui les entendent dans une frayeur mortelle. Chacun sait désormais que la sentence de mort a déjà été prononcée et attend son tour.
Le typhus

Le typhus sévit toujours, ainsi que la famine. A partir du mois de décembre, les Juifs n'ont plus le droit de recevoir de vivres de l'extérieur. La peur, la faim, le froid, la maladie ébranlent les nerfs des populations. « Je suis brisé, écrit un homme sage, Chaim A. Kaplan, la Varsovie juive s'est transformée en une maison de fous. Une communauté d'un demi-million de personnes est condamnée à mort et attend l'exécution de la sentence. »
On meurt de froid dans la ghetto de Varsovie
Un nouvel hiver arrive. Dès le mois de décembre le thermomètre atteint - 15. Le charbon manque. Les Juifs doivent remettre aux occupants leurs fourrures et leurs pelisses. Dans les centres de réfugiés, on meurt littéralement de froid. « Le spectacle le plus terrible est celui des enfants gelés, écrit Emmanuel Ringelblum. Enfants aux pieds nus, aux genoux nus, en haillons pleurant dans la rue... Aujourd'hui j'ai entendu sangloter de froid un petit de trois ou quatre ans. Demain l'enfant sera probablement mort de froid... Au début d'octobre, lorsque la première neige est tombée, dix-sept enfants ont été trouvés morts de froid dans les escaliers des maisons ruinées. »
fleche
fleche

ghetto de varsovie
enfants juifs dans le ghetto de varsovie
nazis
fleche
fleche

Les conditions de vie, la faim, le froid dans le ghetto juif

Entre 400 000 et 500 000 personnes condamnées à mort