Ce soir du 27 février 1933
Après les élections législatives de 1933, le soir du 27 février, la salle des séances du Reichstag, le parlement allemand, s'enflammait comme une torche. Le lendemain, la police, placée sous l'autorité d'Hermann Goering, ministre chargé de l'Intérieur du Land de Prusse, présentait son suspect: un anarcho-communiste hollandais de 24 ans, le maçon Marinus van der Lubbe. Il avait été pris sur le fait et ses complices communistes étaient en fuite, affirmaient les policiers.
Dès le lendemain, prétextant la menace d'un complot communiste, Hitler imposait au président Hindenburg, un décret d'urgence qui abolissait toutes les libertés fondamentales dans la République de Weimar. Dans les jours qui suivirent, des milliers d'adversaires des nazis étaient arrêtés. La presse socialiste et communiste était interdite. Gestapo et SS avaient tout pouvoir. On sait ce qu'ils en firent. L'incendie du Reichstag devint, en quelque sorte, l'acte fondateur du IIIe Reich, ouvrant toutes grandes les portes du pouvoir Hitler. Et de fait, le 5 mars, les nationaux-socialistes et leurs alliés recueillaient 51,8% des suffrages.
Le procès de Van Der Lubbe
Signé par van der Lubbe, le procès-verbal des interrogatoires, menés sans interprète (van der Lubbe parlait fort mal l'allemand) par le commissaire Walter Zirpins, servit de document à charge. Le suspect y reconnaissait avoir mis le feu au Reichstag. Le document émettait aussi l'hypothèse que van der Lubbe avait agi à l'instigation de communistes, ce qu'il ne reconnaissait pas dans le procès-verbal.
En moins de trois mois, le cas de Marinus van der Lubbe fut réglé. Il faut dire qu'il n'avait pas fait grand-chose pour se défendre. Et pour cause. La photo prise quatre jours après son arrestation montrait un jeune homme solide et en bonne santé. En revanche, durant tout le procès, il se comporta en automate, effondré, apathique, la tête penchée, incapable d'énoncer une phrase, si ce n'est pour se dire coupable. Des observateurs étrangers affirmèrent alors qu'il était drogué. Déjà, lors de son arrestation dans le Reichstag, la nuit de l'incendie, il avait paru être dans un état second. Condamné à mort le 23 décembre, van der Lubbe fut décapité le 10 janvier 1934.
La manipulation
Hofer et Calic avaient déjà prouvé que van der Lubbe ne pouvait avoir incendié seul cet immense bâtiment avec quatre malheureux allume-feu comme on en utilise dans les poêles à charbon. Selon eux, c'est un van der Lubbe drogué qui aurait été amené, contre sa volonté, dans le Reichstag. Errant dans les couloirs, suffoquant à cause de la fumée et ses habits prenant feu, mais sauvé des flammes, il avait reconnu tout ce que les policiers qui l'avaient arrêté voulaient lui faire avouer. En fait, il est probable que van der Lubbe avait été introduit dans le Reichstag par le portail 2, et qu'on l'avait empêché d'en sortir.
Autre invraisemblance : des reconstitutions prouvèrent que ce prétendu coupable ne connaissait ni les lieux ni l'endroit où s'était déclaré le sinistre. Alors, manipulation ? Pourquoi pas !
D'autres personnes arrêtées
Les dossiers de Berlin-Est rappellent aussi que deux autres personnes avaient été arrêtées avec van der Lubbe alors qu'elles s'échappaient du Reichstag : Wilhelm Heise, un ramoneur notoirement d'extrême droite, et le député national-socialiste, le Dr Albrecht. Ce dernier fut remis immédiatement en liberté et Heise relâché A4 h 45 du matin, malgré une tentative de suicide. Un autre comparse des nazis s'en tira lui aussi àbon compte. ll s'agissait d'un ressortissant hollandais, un certain E C. A. Schoch. Savoiture avait été aperçue par des témoins stationnantle soir de l'incendie, à proximité d'un des portails du Reichstag. Mais il fut relâché après un rapide interrogatoire. Hofer et Calic avaient formulé la thèse selon laquelle les incendiaires nazis s'étaient introduits dans le bâtiment par un tunnel reliant le palais du président du Reichstag. Un président qui, depuis 1932, s'appelait... Hermann Goering. Rien dans le dossier ne vient étayer cette hypothèse. Reste que des pages manquent dans les documents. S'agit-il des pages remises par Berlin-Est à Hofer et Calic ? On a dit que ces do- cuments remis ànos deux confrères avaient été truqués. Et pourtant, on ne peut écarter l'idée que Goering aurait pu utiliser aussi ce tunnel, fut-ce pour brouiller les pistes en cas d'échec de l'opération. Car ses vrais boutefeux sont entrés avec la complicité du personnel du Reichstag, soudoyé par son entourage, le plus tranquillement du monde par les portails 2 et 3 de l'édifice ainsi que le suggèrent les documents.
Aveux d'un Nazi Il ressort aussi du « Fonds n° 551 » qu'un directeur de prison du nom de Brucks avait écrit le 22 avri11938 au procureur du Reich, lui disant avoir obtenu, à l'époque du procès de 1933, les aveux d'un homme des SA (les sections d'assaut) incarcéré, un certain Rall, selon qui l'incendie avait été perpétré parla Section 17 des SA empruntant le souterrain. Brucks signalait que le dossier Rall avait disparu de sapri son. Rall fut assassiné par les SA et Brucks mourut peu après cette lettre dans des condi tions non élucidées. Les procès-verbaux de la police confirment que l'escouade des in cendiaires se composait de nazis et de cer tains de leurs alliés du Front Noir-Blanc- Rouge, proches des Deutschnationale et du Stahlhelm (les Casques d'acier).
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A qui profite le crime ?

27 février 1933, le Reichstag s'enflammait comme une torche