Les Juifs traqués comme des bêtes
Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1942, des éléments SS ukrainiens cernent les murs du ghetto et forcent les occupants à sortir de chez eux en tirant dans les fenêtres. Ensuite, ils leur donnent la chasse et les abattent comme des chiens. Des avis affichés à l'intérieur du ghetto annoncent que par décision des autorités allemandes, tous les Juifs habitant Varsovie, hommes, femmes et enfants, à l'exception de ceux qui travaillent dans des ateliers allemands ou pour le Judenrat, seront transférés à l'Est pour y être employés à la reconstruction de régions dévastées.
Chaque personne déportée aura le droit d'emporter avec elle tous les objets précieux qu'elle possède, argent, bijoux, etc. Cette clause paraît suspecte aux yeux des Juifs puisque des ordonnances antérieures leur interdisaient la possession de biens de ce genre. Ils devinent donc sans peine qu'il s'agit là d'une ruse des Allemands pour les dépouiller de tous leurs biens.
Le Judenrat est désigné comme responsable de la bonne marche des opérations de déportation. Il doit fournir chaque jour dix mille déportés à l'état-major SS d'émigration qui s'est installé à l'intérieur du ghetto, au 103 Eisengrubenstrasse, sous le commandement du sous-lieutenant SS Brand.
Symboliquement, la première victime de ce décret de déportation se trouve être l'ingénieur Adam .Czerniakow, précisément président du Judenrat, et qui s'empoisonne au cyanure avec sa femme pour ne pas avoir à remplir la tâche qui lui est imposée. Un Juif converti, Jakob Sczerinski, ancien directeur de la police criminelle polonaise, est nommé directeur du Judenrat à sa place ainsi que chef du corps de police juive du ghetto.
Désormais, le ghetto est un enfer. Traqués comme des bêtes, hommes, femmes et enfants tentent par tous les moyens d'échapper à la déportation. La peur se lit sur tous les visages, les cris et les lamentations retentissent de tous côtés.
Tout commerce a cessé ainsi que toute contrebande. Du coup, les prix montent et le prix du pain atteint 60 zlotys le morceau, contre 2 ou 3 zlotys, quelques jours auparavant.
Chaque jour, les policiers juifs cernent un pâté d'immeubles. Dans chaque maison marquée pour la destruction, ils commencent par faire le tour des appartements et exigent qu'on leur présente les papiers. Quiconque ne possède pas les attestations de travail qui lui permettent d'échapper à la déportation, ou qui ne peut payer le prix de la rançon qu'ils exigent, est impitoyablement conduit à Umschlag Platz, lieu de rassemblement des déportés, près de la rue Stawki.
Trois kilos de pain et un kilo de marmelade
Si à six heures du soir, le chiffre de 10 000 déportés, fixé par les autorités allemandes, n'est pas atteint, les SS interviennent directement, c'est-à-dire qu'ils donnent la chasse aux Juifs et en tuent jusqu'à ce que ce chiffre de 10 000 soit atteint. Chaque jour, des camions remplis de déportés, véritables convois funèbres pour vivants, traversent les principales artères du ghetto. Les enfants, qui n'ignorent pas le sort qui les attend, poussent des hurlements de désespoir. Leurs parents montrent un visage plus résigné.
En plus du siège des maisons et de la chasse dans les rues, il existe une troisième méthode pour recruter les déportés : les primes. D'immenses affiches apposées dans les entrées de nom breux immeubles annoncent que ceux qui se présenteront volontairement à Umschlag Platz recevront trois kilos de pain et un kilo de marmelade à titre de provisions de route. Et pour les inciter à se présenter en plus grand nombre au point de rassemblement des déportés, la propagande SS les assure que les conditions de vie à l'Est sont infiniment préférables à celles du ghetto...
Ils produisent trois fois plus pour éviter la déportation
Seuls sont à l'abri de la déportation les 2 000 policiers juifs ainsi que les quelque vingt mille autres travailleurs qui sont au service de firmes allemandes de matériel de guerre comme Tobbens, Schultz et Mangesten. Les travailleurs juifs constituent une main-oeuvre excellente et bon marché pour les entreprises allemandes : ils produisent trois fois plus que prévu, afin d'éviter la déportation.
Aussi, en l'espace de quatre à cinq jours, par dizaines de milliers, les survivants du ghetto s'ingénient-ils à proposer leurs services bénévoles aux différentes firmes allemandes possédant des ateliers dans le ghetto. D'ailleurs, le 14 janvier 1943, Himmler fera une visite surprise à Varsovie pour enquêter sur le marché noir de la main-d'oeuvre juive ; ce qu'il constatera le poussera à précipiter la liquidation du ghetto.
2000 policiers Juifs ...
Un fait doit encore être noté : le 26 septembre, 2 000 policiers juifs sont déportés avec leurs familles, sans doute en récompense des services rendus...