Himmler
Il avait une personnalité difficile à saisir. Ceux qui l'ont connu de son vivant avaient peine, après
l'avoir vu, à le décrire. Il y a autant de portraits que de témoignages :
« Une application d'écolier borné, mais aussi quelque chose de méthodique comme peut l'être un automate. » (Karl J. Burckhardt.)
« Un bon maître d'école, certainement pas un chef. » (Général Walther Dornberger, « père des V-1 ».)
« Froid, calculateur, avide de pouvoir, mauvais génie de Hitler, l'individu le plus dénué de scrupules du IIP Reich. » (Général Friedrich Hossbach.)
« Jamais je n'ai pu accrocher son regard, toujours fuyant et clignant derrière son pince-nez. » (Alfred Rosenberg, auteur du Mythe du XX" siècle.)
« Cet homme n'avait rien de diabolique. Courtois, non dépourvu d'humour, il aimait à jeter de temps en temps un mot d'esprit pour détendre l'atmosphère. » (Comte Folke Bernadotte.)
Un égoïste forcené
Le visage, vu de face, était à la fois mou et nerveux. Le front était haut, large et bombé à sa partie médiane. L'oeil était attentif et froid ; l'expression légèrement ironique était impénétrable. Le nez était petit. La lèvre supérieure, haute et débbrdante, contrastait avec l'ensemble de la bouche, plutôt oblique par rapport à la ligne des yeux. Le menton était peu proéminent, fuyant, bien dessiné.
Dans son comportement, Himmler paraissait effacé, insaisissable et d'une froideur absolue.
Ceux qui vécurent dans son entourage ont tous affirmé que c'était un être profondément dissimulateur, hypocrite, entêté, venimeux, animé par une farouche volonté de domination qui ne s'évanouissait qu'en présence d'Adolf Hitler. Quand le Führer lui adressait un reproche, Himmler restait tremblant, l'air d'un chien battu, incapable de formuler le moindre mot pour sa défense ; il était comme foudroyé.
En outre, il était d'un égoïsme forcené et doté d'une profonde indifférence affective.
Capable de fournir un immense travail, dans un automatisme routinier, il trahissait souvent une extrême surexcitation interne qui se traduisait par des rougeurs aux pommettes et sur le front.
Son fanatisme en apparence glacé était profond, tumultueux, fantasmagorique et brûlant de sincérité. Il suffit de lire ses discours, d'en entendre les enregistrements qui subsistent, pour se rendre compte que ce mystique du « mythe du sang » croyait de tout son être à ce qu'il disait et qu'il ne reculait devant rien, aucun crime, pour réaliser les objectifs fixés par son Führer.
Heinrich Himmler est né le 7 octobre 1900, à Munich, au deuxième étage d'une maison qui était sise au n° 2 de la Hildegardstrasse. Son père, le professeur .Gebhard Himmler, était alors âgé de trente-cinq ans et occupait un poste au lycée de Munich, après avoir été le précepteur du prince Heinrich de Bavière. Cet homme, très studieux et pédant, était conscient du prestige social que lui conférait le patronage de la maison royale Wittelsbach de Bavière. Aussi demanda-t-il au prince Heinrich de lui faire la faveur d'être 'le parrain de son deuxième fils (l'aîné, Geghard, était né en 1893 et le cadet, Ernst, naîtra en 1905). Le prince accepta.
Les trois fils Himmler furent élevés, selon les méthodes de l'époque, dans une famille catholique qui ne plaisantait pas avec la morale, l'obéissance et les convenances, et dans l'amour et le respect de la patrie allemande. Fils docile, affectueux et respectueux, Heinrich entretiendra avec les membres de sa famille des relations excellentes jusqu'à la fin de leur vie.
Heidrich
Himmler et Heydrich formaient une antithèse complète. Heydrich, élégant, sportif, de type pseudo-nordique, prétentieux comme une star, coureur effréné de jupons, qu'on surnommera « le roi des boîtes de nuit de la politique », bref dans son propos, tranchant comme un rasoir, systématique et réglé comme une machine électronique, n'ayant de ressentiments que personnels, était très exactement le contraire de Himmler.
Il est difficile de démêler les rapports précis entre les deux chefs SS. Cependant, sur un point, il n'existe pas le moindre doute : dans l'association, Heydrich était officiellement au second plan mais, en réalité, il jouait le rôle déterminant ; à sa manière, bien entendu. Analysant très exactement les faiblesses du Reichsführer SS et sachant qu'il pouvait tabler sur sa vanité et son complexe d'infériorité, Heydrich entreprenait de l'alimenter « en douceur » en idées et en réalisations, s'y prenant de la façon la plus subtile. Jamais le moindre indice n'en parviendra au public.
L'adjoint de Heydrich, Walter Schellenberg, chef du SD Etranger (service de Renseignements à l'étranger), ne s'y trompa pas. Il écrira : « Je sortis du bureau de Heydrich vivement impressionné par la force de sa personnalité, développée à un point que je n'avais jamais vu et que je n'ai jamais rencontré depuis (...).
« Cet homme constituait le pivot caché autour duquel tournait le régime nazi. L'évolution de toute une nation était indirectement guidée par ce puissant caractère. Il était de beaucoup supérieur à tous ses collègues politiques et il les contrôlait, comme il contrôlait la vaste organisation de renseignements du SD. »
En quelques années, Heydrich réussit à être l'homme le plus redoutable du III° Reich, alors que Himmler en était l'homme le plus redouté.
Les ambitions de Heydrich étaient sans limite. Il développa son service de Sécurité et de Renseignements à un point difficilement imaginable. Rien ni personne ne lui résistait. Sauf une seule personne : il ne put, de son vivant, abattre l'amiral Wilhelm Canaris, le célèbre « petit amiral », chef de l'Abwehr (service de renseignements de l'armée allemande, indépendant du parti comme des SS), malgré une lutte secrète, « mouchetée », féroce, qui dura de 1935 à 1942.
Dès 1931, Heydrich était convaincu que, tôt ou tard, Hitler prendrait le pouvoir. C'est pourquoi il créa délibérément -- presque à l'insu de Himmler — à l'intérieur même des SS, une organisation bien à lui pour doubler et, si nécessaire, remplacer tout l'appareil du gouvernement, amorçant ainsi un Etat dans l'Etat.