Hommage aux derniers défenseurs de Dunkerque

Les plus méritants parmi les combattants ne peuvent embarquer

les véritables combattants prisonniers
Le suprême effort eut lieu au cours de la nuit suivante alors que les combats atteignaient les faubourgs de Dunkerque. Toute l'armada reprit la mer malgré l'épuisement des équipages pour sauver les 30 000 hommes qui avaient permis le rembarquement. Mais il y avait encore bien plus de 30 000 Français à Dunkerque. Quand les bâtiments arrivèrent dans l'avant-port, une immense foule sortie on ne sait d'où se rua à l'assaut des navires. Il s'agissait des hommes des services, mais aussi d'isolés, de traînards embusqués dans les caves depuis plusieurs jours. Près de 26 000 réussirent à trouver place à bord des bateaux. Mais lorsque les véritables combattants, ceux qui avaient réussi à décrocher et à gagner le port par petites colonnes, se présentèrent, ils se heurtèrent à une véritable muraille humaine. Après avoir piétiné pendant des heures, ils ne purent qu'assister au départ du dernier navire. C'était le vieux destroyer Shikari. L'aube se levait, il était 3 h 40. Le récit officiel britannique devait dire : La discipline et l'attitude de ces hommes que l'on n'avait pu embarquer laissèrent une profonde impression sur tous les témoins de cette dernière scène. Il est particulièrement navrant que ce soient justement les plus méritants parmi les combattants qui aient dû éprouver cette ultime et amère déception de voir le jour se lever sur un port vide! Près de 40 000 soldats furent ainsi faits prisonniers par les Allemands.
Hommage aux derniers défenseurs
On doit rendre hommage aux,derniers défenseurs de Dunkerque. On-ne saurait les nommer tous. Comment ne pas citer la 68e D.I de Beaufrère ; et la 12e qui, malgré la mort de son chef, Janssen, tué à son poste de combat le 1" juin.au fort des Dunes, a tenu ses positions jusqu'au bout ; les-gens du S.F.F. (secteur fortifié des Flandres), de la 32e, les marins de l'artillerie de côte qui ne sont partis qu'après avoir vidé leurs soutes ?...
Et nous garderons, pour finir, le 137e R.I., colonel Menon, un régiment breton, que nous avons vu le 23 arriver sur l'Aa. Il est sur la brèche depuis cette date.
Le 3 juin, à 18 h 30, il tient encore solidement le pont du Chapeau-Rouge, à 2 200 mètres du port à vol d'oiseau, seul passage où l'ennemi pourrait franchir le canal de Furnes, dernier obstacle devant lui.
A 1 h 30, le 4, le colonel Menon a reçu l'ordre de retirer 'son régiment à l'exception d'un seul bataillon. Ce sera le 11/137, bataillon Miguel, qui défendra jusqu'à l'aube ce dernier carré. Lorsqu'il décrochera à son tour pour gagner la jetée Est, ce sera pour apprendre qu'il n'y a plus aucun espoir d'embarquer.
Des chefs généreux
Le général Blanchard s'embarqua le 31 mai lorsque, à la dissolution du groupe d'armées n° 1, toutes les forces passées dans le camp retranché furent mises aux ordres d'Abrial.
Ce dernier, comme Platon, reçut le 3 juin l'ordre d'embarquer. La disparition de Dunkerque n'amputait qu'en partie le théâtre d'opérations dont il avait la charge. Quant à Platon, on comptait sur lui pour la défense des Secteurs maritimes de haute Normandie, celui du Havre en particulier.
L'un et l'autre, depuis trois semaines, avaient durement payé de leur personne. Ils avaient tenu à bout de bras ce port dévasté sur lequel déferlaient des dizaines et des dizaines de milliers d'hommes. Une légende se formait sur leurs noms, dépassant le cadre du champ de bataille pour s'étendre à toute la France à laquelle inlassablement la radio ne cessait de répéter : « Le camp retranché de Dunkerque tient toujours.' »
Sans arrêt, Platon avait arpenté sa ville, laissant sa yoiture aux blessés rencontrés en chemin, ranimant les énergies, réconfortant, sévissant au besoin avec la dernière rigueur. Je ne pense pas avoir jamais rencontré un courage qui approchât le sien.
Attaché à son P.C. par la tâche qui pèse sur ses épaules, doublement, ne l'oublions pas, car il commande sur terre et sur mer, Abrial s'imposait par son calme et son rayonnement. On courait à lui comme à un phare.
Il s'échappait pourtant dès qu'il pouvait le faire. Il était sur le front de la 68e D.I. le 2 juin lorsque Beaufrère dut s'interposer pour l'empêcher de s'aventurer trop avant, sur le Cyclone le 29 mai, sous l'un des plus violents bombardements du port.
La fin de Dunkerque
Cependant, le 3, vers midi, les postes de T.S.F. de Dunkerque commencèrent à donner des signes de défaillance. A 15 heures, Abrial rendit compte que l'ennemi était dans les faubourgs et qu'il brûlait tous ses codes à l'exception d'un seul qui fut incinéré à 19 h 30. En outre, il avait fait détruire toutes les installations du port encore utilisables.
Peu avant 23 heures, l'Amirauté française informa le G.Q.G. que, depuis 21 h 30, Dunkerque ne 'répondait plus aux signaux. Abrial prit passage à 22 heures sur une vedette rapide, mais ne quitta le port et la plage de Malo qu'à 2 heures. Le 4 juin vers 6 heures, les Allemands pénétraient dans Dunkerque en ruine où les reçut, la mort dans l'âme, le stoïque sous-préfet Le Gentil.
derniers defenseurs de dunkerque
la chute de dunkerque en juin 1940
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