Dunkerque encerclé avec 400 000 hommes

La Luftwaffe se chargera de Dunkerque .... Disait Goering

Dunkerque en alerte
A Dunkerque, la première marque de l'offensive allemande, après le bombardement du 10 mai, avait été l'exode de la population belge.
Des centaines de milliers de réfugiés traversèrent la ville dans les équipages les plus hétéroclites. Beaucoup ne firent que passer, mais les derniers, trouvant la route barrée sur la Somme, ne tardèrent pas à reparaître dans la ville, mêlés à des Dunkerquois qu'ils avaient entraînés dans leur sillage.
Il fallut désigner un gouverneur énergique. A la demande du G.Q.G., on choisit encore un marin : l'amiral Platon. Tout juste revenu de Flessingue, il prit ses fonctions le 21 mai, en même temps qu'Abrial prenait le commandement de la défense.
Assurer l'ordre, déblayer les rues encombrées de débris et de cadavres, s'efforcer de limiter les dégâts du feu...
Une besogne énorme, avec des moyens qui se réduisaient de jour en jour. L'espionnite sévissait. Y avait-il autant de représentants de la cinquième colonne qu'on le raconta, autant de faux abbés et de fausses bonnes soeurs ?...
Peut-être ce « faux prêtre », fusillé parce qu'il était incapable de réciter son Credo ; mais sûrement pas ces jeunes séminaristes hollandais, incapables de s'expliquer, qu'on avait enfermés avec les prisonniers allemands, et encore moins l'abbé Droulers, l'un des trois héroïques doyens de Dunkerque, arrêté par une patrouille de marins, sous les yeux indignés d'un Dunkerquois authentique qui intervint énergiquement :
Oh ! les marins, vous n'êtes pas fous ? C'est notre curé de Saint-Eloi !
Et le curé de Saint-Eloi, avant de poursuivre son chemin, dut se laisser embrasser par la patrouille repentante.
La halte incompréhensible
« Le commandement suprême Allemand, écrit Guderian, intervint ce jour-là dans les opérations d'une manière qui aura les effets les plus pernicieux sur le cours de toute la guerre. Hitler arrêta sur l'Aa l'aile gauche de l'armée. Toute traversée de la rivière fut interdite. On ne nous en donna pas la raison. L'ordre contenait les mots : « La Luftwaffe se chargera de Dunkerque... » Je cite de mémoire. Nous étions stupéfaits. »
Peur d'engager ces chars dans cette plaine des Flandres où l'eau commençait à monter... très lentement d'ailleurs, car on était en période de mortes eaux. Peut-être aussi l'influence de Gôring qui, jaloux des succès de l'armée, prétendait liquider la question de Dunkerque avec la seule Luftwaffe... ou encore — explication souvent avancée — le souci de ménager l'Angleterre, avec laquelle Hitler envisageait de traiter... Bref, c'était un répit providentiel qui allait permettre le sauvetage d'environ 350 000 combattants alliés, une entreprise à laquelle personne n'apportait grande confiance lorsqu'elle avait été envisagée pour la première fois, le 19 mai, aussi bien à Londres qu'à Paris.
Tout abandonner
Plus de 400 000 hommes s'entassaient dans l'étroite tête de pont, après avoir abandonné un matériel immense. Toutes les routes conduisant au « périmètre défensif » étaient jalonnées de milliers de camions, d'automitrailleuses, de voitures radio, de canons culbutés dans les fossés. Par crainte des embouteillages, le commandement britannique avait ordonné à ses troupes d'abandonner tout l'équipement qui n'était pas strictement indispensable à la défense de la tête de pont. Appliquant ces consignes à la lettre, les postes de garde britanniques obligèrent les troupes françaises à laisser sur place leurs véhicules et même leurs engins de combat, n'hésitant pas, s'il le fallait, à cribler de balles les radiateurs. Il en résulta, ici et là, de brèves et brutales empoignades.
les allemands à dunkerque
dunkerque mai 1940
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