Cinq minutes à Midway : trois porte-avions coulés

Pour les Japonais... La surprise est totale

Le Kaga est en feu
Même de la grande altitude à laquelle volait Leslie, le Kaga avec ses 26 900 tonnes paraissait énorme, le Kaga, en raison de ses grandes dimensions, était destiné à périr. Il plongea à un angle de 70°. Le grand porte-avions était nettement dans le collimateur de Leslie. Le pilote vit des douzaines d'avions parés pour le décollage, et à l'avant un grand soleil rouge peint sur le pont d'envol.
Leslie visa avec soin. A 3 000 mètres il ouvrit le feu avec ses mitrailleuses, arrosant le pont et la passerelle de balles de calibre 50. Il se dégagea et.commença à monter. Derrière lui surgit Holmberg, qui pouvait voir maintenant les premiers éclairs du tir de l'artillerie parti de la bordure du pont d'envol du Kaga. Son piqué fut parfait, le disque rouge sur le pont apparaissant clairement dans son collimateur. Son avion fut criblé d'éclats. A une altitude de 750 mètres, il poussa le bouton de déclenchement électrique de la bombe et tira aussitôt le levier de déclenchement à main pour être sûr que sa bombe était bien partie.
Il y eut un formidable jaillissement de flammes près .de la superstructure. Des morceaux du pont d'envol du Kaga tourbillonnèrent dans les airs ; un Zéro qui décollait face au vent fut précipité dans la mer ; la passerelle était couverte de corps mutilés, de fragments de métal tordu, de verre brisé. Le commandant Okada, son uniforme lacéré et brûlé, gisait mort au milieu des débris futnants de son poste de commandement.
Il y eut trois autres terribles explosions, des avions furent projetés par-dessus bord, des trous énormes apparurent dans le pont d'envol et des incendies s'allumèrent, qui se propagèrent au pont-hangar. Des marins hurlant couraient çà et là, au hasard, environnés de flammes. Des officiers criaient des ordres, essayant de se faire entendre en dépit des explosions assourdissantes.
L'essence coulait des réservoirs crevés, et quelques-uns des pilotes qui n'avaient pas eu la chance d'échapper à la première explosion furent transformés en torches vivantes sur leurs sièges. Le feu courait le long des ruisseaux d'essence, propageant le désastre aux étages inférieurs. Des hommes bloqués derrière des cloisons furent brûlés vifs. Des tuyaux déroulés en un ultime effort pour arrêter les flammes prenaient feu.
Quelques officiers et hommes, leurs uniformes brûlés et leur visage noirci par la fumée, furent repoussés par l'incendie jusqu'au bastingage du pont d'envol, et de là ils sautèrent dans la mer. Puis le feu atteignit la soute aux bombes. Il y eut tout à coup une effroyable détonation, et des lames d'acier incandescent furent arrachées des entrailles du navire comme autant de feuilles d'étain. Et de grands nuages de fumée noire s'élevèrent du Kaga, répandant dans les airs des relents d'essence, de peinture, de bois brûlés, et de chair humaine carbonisée..
Un bûcher flottant
Moins de deux minutes après que les bombardiers de Leslie eurent fait du Kaga un chaudron en flammes, l'escadrille de McClusky était prête à foncer sur l'Akagi et le Soryu. Il divisa son escadrille en deux sections, désigna les objectifs, puis signala qu'il piquait. Une section prit à partie l'Akagi, l'autre le Soryu. Il était 10 h 26. Les bombes de 1 000 et 500 livres de McClusky plongèrent vers leurs objectifs. La première s'abattit près de l'ascenseur arrière de l'Akagi et explosa avec un bruit infernal dans le hangar, où un grand nombre d'avions attendaient d'être montés sur le pont d'envol.
Le souffle fit exploser les cônes de choc des torpilles, déchiquetant des hommes et allumant des douzaines d'incendies d'essence. Les équipes spéciales luttèrent héroïquement pour circonscrire les flammes, mais des nuages de brûlante fumée noire les enveloppaient et, l'un après l'autre, les hommes tombèrent asphyxiés. Une autre bombe toucha le pont d'envol, et pilotes et avions furent lancés en lambeaux dans la mer. En quelques minutes, le vaisseau amiral fut un bûcher flottant.
Nagumo évacue le vaisseau amiral
Au milieu de cet enfer, les rapports de dommages furent lents à parvenir à la passerelle, mais le commandant de l'Akagi, le captain Aoki, entendant les éclatements assourdis dans les cales, ne se fit pas d'illusions sur le sort de son navire ; le contre-amiral Kusaka, chef d'état-major de Nagumo, ne s'en fit pas non plus.
Nagumo, toutefois, n'était pas disposé à accepter que l'issue de la bataille parût se décider avec une aussi stupéfiante promptitude. Aoki lui annonça poliment que le vaisseau était perdu et devrait être abandonné. Nagumo se mit en colère. Il fallait se rendre mattre de la situation ; il n'abandonnerait pas le navire. Kusaka, qui connaissait bien le tempérament emporté de Nagumo, essaya d'intervenir aussi diplomatiquement que possible : Nagumo persista dans son refus d'abandonner le navire. Finalement, Kusaka ordonna .à plusieurs officiers de prendre l'amiral par la main, et de l'éloigner. Déjà les flammes tourbillonnaient autour de la passerelle, bloquant l'échelle de descente, et ils durent, pour échapper au feu, glisser le long d'un câble de secours.
Le pont d'envol offrait un spectacle effroyable : des cratères vomissant de la fumée, des débris tordus, et éparpillés partout, des corps d'officiers et de matelots. Les mitrailleuses, chauffées par les incendies, partirent d'elles-mêmes, et les balles jaillirent dans toutes les directions. De temps à autre, on entendait une sourde explosion dans les profondeurs du navire. Un destroyer se rangea le long de l'Akagi, prit à son bord l'amiral et son état-major, puis les conduisit au croiseur Nagara, au mât duquel Nagumo arbora sa marque.
trois porte-avions japonais coulés
l'akagi en feu
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