Midway, appât pour attirer la flotte américaine

Les Américains connaissaient le plan japonais

Appât ou diversion
L'objectif principal des Japonais était l'occupation de l'atoll de Midway, à l'extrémité de l'archipel des Hawaii. Avec celle des îles Aléoutiennes, la prise de Midway eût rejeté leurs frontières suffisamment vers l'est pour que fût détectée à temps toute menace d'attaque aéronavale contre le Japon. Le projet avait pris une importance particulière à la suite du raid que les bombardiers du colonel Doolittle avaient effectué sur Tokyo, le 18 avril.
Bien des réserves avaient été émises à propos de ce plan, mais Yamamoto, l'entreprenant commandant en chef de la flotte nippone, l'avait défendu avec acharnement. Il avait toujours été persuadé que, seule, la destruction de la flotte américaine pouvait donner au Japon le répit indispensable pour consolider ses conquêtes et négocier une paix avantageuse. C'est cette même conviction qui l'avait poussé, dès le début, à attaquer Pearl Harbor. Yamamoto estimait, à juste titre, que l'attaque de Midway constituerait un défi que Nimitz ne pourrait pas ne pas relever. Il ferait sortir la flotte du Pacifique et l'amènerait là où Yamamoto l'attendrait avec une supériorité écrasante.
Vices majeurs du plan de Yamamoto
Quoique complexe, le plan de Yamamoto était ingénieux. Il présentait cependant deux vices majeurs. Tout d'abord, quelle que soit sa foi dans la puissance de l'aéronavale, Yamamoto n'en avait tout de même pas conclu que, le souverain des mers n'étant plus le super-cuirassé mais le porte-avions à la portée trente fois supérieure, le rôle primordial du cuirassé devait être désormais d'assurer avant tout la protection rapprochée du porte-avions, redoutable mais très vulnérable, en apportant à celui-ci la puissante artillerie antiaérienne qui lui faisait défaut. Or Yamamoto n'avait fait protéger la force de porte-avions de Nagumo que par deux cuirassés et trois croiseurs ; si, mieux inspiré, il avait maintenu à proximité de Nagumo sa propre force principale, la bataille aurait pu prendre une tout autre tournure.
Plus fatale encore au succès de son plan fut l'illusion entretenue par Yamamoto que ce plan resterait imperméable à l'ennemi et que Nimitz ne ferait sortir sa flotte qu'à l'annonce de l'attaque de Midway. En fait, Spruance et Fletcher avaient, à l'insu des Japonais, pris la mer longtemps avant que ceux-ci eussent mis en place leurs rideaux de sous-marins de surveillance. Ce n'étaient donc pas les Japonais, mais les deux Task Forces américaines qui se trouvaient les premières à l'affût de leurs adversaires. Nimitz, qui connaissait les grandes lignes du plan de Yamamoto, avait pu suivre de près les mouvements de la flotte japonaise. Se contentant de détacher aux Aléoutiennes une force modeste de cinq croiseurs et dix destroyers pour harceler les forces de débarquement japonaises, il concentra toutes ses forces disponibles, les Task Forces 16 et 17, sur la route des forces principales japonaises.
La maladie de la victoire
Au cours des jours qui suivirent, la flotte japonaise avança vers l'est et sa confiance en l'issue de la bataille était totale : tous les équipages nippons avaient encore à l'esprit la longue série des victoires moissonnées depuis le début de la guerre. Dans la première force d'attaque de porte-avions, qui rentrait d'une campagne de destruction météorique de Pearl Harbor à Ceylan en passant par la côte orientale de l'Inde, et cela sans avoir perdu un seul bâtiment, la « maladie de la victoire », comme les Japonais devaient l'appeler plus tard, sévissait de manière particulièrement aiguë.
Un déchiffreur de code en pantoufles
Les Américains savent tout, ou presque, de l'opération ennemie. Le 4 mai, les services du Lieutenant-Commander J. Rochefort ont décodé un message laissant à penser qu'une opération d'envergure se déroulera à la fin du mois. « Expédier livraisons de tuyaux de mazoutage » ; cette petite phrase décryptée le lendemain recèle un renseignement d'importance : l'opération aura lieu loin de toute base navale, donc au milieu du Pacifique.
Layton voit en Midway un point de chute idéal. Lentement les pièces du puzzle se mettent en place. Les Américains comprennent qu'une opération secondaire de diversion concerne les Aléoutiennes tandis que l'effort principal portera sur un lieu désigné par les mystérieuses initiales « AF ».
Par une astuce, digne des meilleurs films d'espionnage, Rochefort acquiert la certitude que les initiales « AF » désignent Midway. Sur son ordre, un sous-marin apporte au commandant local de Midway l'ordre d'émettre en clair un message informant Hawaï que l'usine d'épuration d'eau est en panne. Les Japonais donnent tête baissée dans le panneau et deux jours plus tard, les services de Rochefort décryptent un message qui signale que « AF » est à court d'eau potable et qu'en conséquence des rations supplémentaires devront être prévues à bord des navires de transport ! AF est donc bien Midway !
Ainsi, le 21 mai, il ne manque qu'un élément primordial : le jour et l'heure.
Les Japonais auraient dû modifier leur code secret le 1er avril, un changement que leur trop grande confiance leur a fait repousser de deux mois. Rochefort a su tirer un parti admirable de ce délai supplémentaire, mais, brutalement, le code enfin changé, les Américains sont plongés dans le noir.
Le 23 mai Rochefort passe la nuit à percer le nouveau code secret. Quand il trouve enfin la solution au matin du 24, il fait déjà grand jour et il n'a que le temps de quitter ses traditionnelles pantoufles et sa veste d'intérieur pour une tenue plus réglementaire. Nimitz pardonne à Rochefort son retard de deux bonnes heures lorsque celui-ci l'informe que les Japonais débarqueront aux Aléoutiennes le 3 juin et attaqueront Midway
bataille de Midway
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